9.
Le retour de Cal

 

Lammas, 1976

 

Je vis seule dans la maison de Clyda depuis trois mois. J’ai l’impression d’y être chez moi, à présent. Sa mort a surpris tout le monde, sauf moi. La maladie l’avait grandement affaiblie. À mon avis, la vague noire de Madrid l’a achevée. Vraiment, à son âge, elle aurait dû renoncer à voyager…

La semaine dernière, pendant mon séjour à Shannon, en Irlande, j’ai rencontré deux sorciers intéressants. Le premier, Ciaran, un jeune homme adorable à peine sorti de l’adolescence, possède un pouvoir considérable, presque effrayant. Nous avons passé une nuit délicieuse ensemble, et je souris encore en repensant à son enthousiasme juvénile et à son surprenant savoir-faire.

Cependant, c’est Daniel Niall, un Anglais profondément bon et honnête, un de ces sorciers Woodbane dont le coven a renoncé au mal depuis des siècles, qui hante mes pensées. Quelle ironie du sort ! Par curiosité, il était venu assister à l’une des réunions d’Amyranth. Pendant le cercle, son malaise et son dégoût ne m’ont pas échappé. Curieusement, il ne m’en paraît que plus attirant. S’il ne possède pas la beauté sauvage de Ciaran, ses traits virils sont charmants. Lorsqu’il m’a regardée dans les yeux, un sourire timide sur les lèvres, il m’a émue. Ce cher Daniel. Voilà un vrai défi, car il est bien plus difficile de séduire un ange qu’un démon.

 

S.B.

 

* * *

 

Prise de panique, j’ai cramponné le volant de toutes mes forces. Cal a fait un geste d’une main : le moteur de Das Boot s’est arrêté et les phares se sont éteints. Ma vision de mage a aussitôt pris le relais et, grâce à elle, j’ai pu voir qu’il se rapprochait.

Comme je me sentais vulnérable dans ma voiture, j’ai aussitôt ouvert la portière et je suis sortie d’un bond. Revoir ce visage m’a coupé le souffle. Si ses traits n’avaient jamais cessé de hanter mes pensées et mes rêves, j’avais oublié à quel point ils pouvaient encore me toucher malgré ma peur.

— Qu’est-ce que tu fiches là ? ai-je lancé en essayant en vain d’avoir l’air forte.

— Morgan, a-t-il murmuré d’une voix sensuelle qui, je m’en rendais compte, m’avait terriblement manqué.

Une seconde plus tard, la colère et l’instinct de survie ont pris le dessus. Je me suis ressaisie avant de poursuivre :

— Tu as essayé de me tuer.

— Je voulais te sauver, a-t-il rétorqué en s’approchant tout près, trop près, de moi.

Non, ce n’était pas une apparition ni un fantôme, c’était bien un corps de chair et de sang, qui avait reçu mes caresses et mes baisers.

— Crois-moi, Morgan, la mort valait mieux que le sort que Selene te réservait. Je sais que j’ai eu tort. L’angoisse a dicté mon geste. Pardonne-moi.

J’en suis restée sans voix. J’avais beau savoir que je devais m’enfuir au plus vite, mon cœur me soufflait : « Il est sincère. »

— Je t’aime plus que jamais, Morgan. Je suis revenu pour toi. J’ai annoncé à Selene que je ne l’aiderais plus.

— Tu aurais trahi ta mère ? Donne-moi une seule raison de te croire.

Sans un mot, Cal a ouvert sa veste et défait les trois premiers boutons de sa chemise. Lorsqu’il l’a écartée pour me montrer son torse, le souvenir de la poitrine nue de Hunter a surgi devant mes yeux. Par la Déesse ! ai-je songé, au bord de l’hystérie.

Une blessure noire s’étendait au-dessus de son cœur, une brûlure en forme de main.

— Voici le châtiment qu’elle m’a infligé, a-t-il déclaré, la voix tremblante, comme si la douleur l’habitait encore. Pour me punir de ma désertion.

Surmontant ma peur, j’ai tendu les doigts vers sa joue. Je devais connaître la vérité.

Lorsqu’il a compris ce que je m’apprêtais à faire, il a écarquillé les yeux. Dès que j’ai touché sa peau, mon esprit est entré en lui, par-delà les couches supérieures de sa conscience. D’instinct, il a résisté à mon intrusion, puis il s’est forcé à m’accueillir. Pour la première fois, je contrôlais l’union de nos esprits. Ainsi, j’allais découvrir ce que je cherchais et pas seulement ce qu’il voulait bien me montrer.

L’instant d’après, j’ai vu mon visage sous un angle nouveau, de la façon dont lui le percevait : j’irradiais une sorte de lumière qui me rendait belle, éthérée. La force de ses sentiments pour moi m’a impressionnée.

Ensuite, Hunter est apparu, descendant la rue commerçante de Red Kill. La bouffée de haine et de violence que Cal éprouvait pour lui m’a ébranlée.

L’image suivante m’a montré un paysage magnifique : un versant de colline semé de maisons en pierre de taille aux toits rouges qui s’étendait jusqu’à une baie d’un bleu étincelant. Une brise légère balayait mes cheveux. En apercevant au loin le pont rouge qui enjambait le bras de mer, j’ai reconnu San Francisco. J’ai poursuivi mon exploration.

Et j’ai vu Selene.

Elle me fixait droit dans les yeux. Même si je savais que je ne voyais que les souvenirs de Cal, j’ai dû me faire violence pour ne pas me cacher le visage. Ce n’était pas moi, mais lui qu’elle toisait ainsi avec une lueur meurtrière dans le regard.

— Tu ne peux pas t’en aller, disait-elle. Je ne le tolérerai pas.

— Tu ne m’en empêcheras pas, a-t-il rétorqué.

J’ai senti toute sa fierté, sa peur et sa détermination.

— Imbécile ! a crié Selene, le visage déformé par la colère.

Sa main a jailli vers Cal comme un cobra et la douleur m’a subjuguée. Son contact était mortellement froid, on aurait dit de l’azote liquide, puis une volute de fumée a dansé devant mes yeux et l’odeur de chair brûlée m’a piqué les narines. J’ai hurlé en même temps que Cal.

— Ce n’est qu’un avant-goût, l’a-t-elle menacé. J’aurais pu t’arracher le cœur. Mais tu es mon fils, et je sais que cette passade ne durera pas. Tu me reviendras, tôt ou tard.

Sur ces mots, elle a tourné les talons et disparu.

Tremblante, j’ai retiré ma main de la joue de Cal. Il l’a prise dans la sienne et l’a serrée nerveusement.

— Morgan, j’ai besoin de toi. De ton amour et de ta force. Ensemble, nous pouvons battre Selene.

— C’est faux ! ai-je hurlé en dégageant mes doigts. Tu as perdu la tête ? Selene pourrait nous tuer tous les deux d’un simple claquement de doigts ! Je ne sais même pas s’il est possible de l’arrêter.

— Bien sûr que si ! a-t-il insisté en se rapprochant un peu plus encore.

Il semblait amaigri, et son éternel hâle doré avait perdu de son éclat. Avait-il souffert de la faim ? Où pouvait-il habiter ? J’ai chassé ces questions en me disant que ce n’était pas mon problème.

— Toi et moi, avec les outils de ta mère, on y arrivera. J’en suis certain. Dis-moi que tu m’aideras, Morgan. Dis-moi que tu m’aimes encore.

Dans un murmure, il a ajouté :

— Dis-moi que, dans ma folie, je n’ai pas tué tes sentiments…

Mon cœur s’est serré et, à ma grande honte, j’ai compris qu’il comptait encore pour moi, que, malgré tout, je n’arrivais pas à le haïr. Cependant, il aurait été faux de lui dire que je l’aimais encore, et il était hors de question que j’accepte de l’aider à combattre Selene.

— Nous deux, c’est fini pour toujours, ai-je finalement répondu en pensant à Hunter et à ses baisers brûlants.

— Ne dis pas ça… Je sais que je suis inexcusable. C’est vrai, au début, seul ton pouvoir m’attirait, puis j’ai appris à te connaître et je suis tombé sous le charme de ta force et de ta beauté, de ton honnêteté et de ton humilité. Chacune de nos rencontres était une nouvelle révélation. Je ne peux pas, je ne veux pas vivre sans toi, Morgan ! Je veux que nous restions ensemble à jamais !

Il avait l’air si sincère, avec son visage tordu par la douleur… Les mots me manquaient. Des milliers de pensées fusaient dans mon esprit comme autant d’étincelles jaillissant d’un feu. Il avait beau me dégoûter, quelque part je souhaitais à tout prix le croire. J’avais peur de lui, peur qu’il ne me dise pas la vérité, peur que personne ne m’aime jamais plus autant que lui.

— Tout ce que je demande, c’est que tu me redonnes une chance, a-t-il supplié. Je t’ai fait tellement de mal… Je pensais pouvoir te protéger tout en donnant à Selene ce qu’elle convoitait, mais j’en ai été incapable… Je t’en prie, laisse-moi essayer de me racheter. Je t’aime tant…

Encore un pas. À présent, son souffle, aussi froid que la nuit, glissait sur ma joue.

— Je ne veux pas que Selene te retrouve. Puisqu’elle sait que tu ne la rejoindras pas, elle veut te tuer et récupérer les outils de Maeve… Je ne la laisserai pas faire.

— Où est-elle ?

— Je l’ignore. Elle aussi a quitté San Francisco, où nous étions retournés. Je perçois sa présence, parfois. Non loin. Au moins quatre membres de son coven l’accompagnent. Ils sont à ta recherche, Morgan. Tu vas avoir besoin de mon aide.

Soudain, je ne l’écoutais plus. Mes sens venaient de m’alerter que quelqu’un approchait.

— Hunter, ai-je murmuré en regardant la route.

Cal a suivi mon regard et, peu après, des phares de voiture sont apparus au loin.

Pendant une seconde – ou une éternité ? –, nous nous sommes regardés en silence. S’il n’avait rien perdu de sa beauté surnaturelle, sa vulnérabilité nouvelle le rendait plus attirant encore. Cal. Mon premier amour. Celui qui m’avait fait découvrir les merveilles de la Wicca.

— Appelle-moi et je viendrai, a-t-il chuchoté d’une voix si faible que j’ai eu du mal à l’entendre.

— Attends ! Où est-ce que je peux te trouver ?

Il s’est contenté de sourire et s’est mis à courir vers les bois qui bordaient la route. Il a disparu entre les arbres, tel un spectre, comme s’il n’avait jamais été là.

Le véhicule était maintenant tout proche, et les phares m’aveuglaient. Je comprenais pourquoi les daims ou les lapins restent pétrifiés de terreur sur la route. J’ai attendu près de Das Boot que Hunter s’arrête.

— Morgan, ça va ? a-t-il demandé en descendant de voiture. Il s’est passé quelque chose ?

Malgré la scène qu’il m’avait faite dans la salle de bains, j’étais si soulagée de le voir que j’en ai oublié ma rancune. Pourtant, je ne savais pas quoi lui répondre. Hunter était un Traqueur. La simple idée que Cal m’ait contactée l’avait mis hors de lui. Alors, si je lui annonçais que je l’avais vu en chair et en os, Hunter partirait à sa recherche et, une fois qu’il l’aurait trouvé…

Hunter et Cal se haïssaient tellement qu’ils avaient déjà tenté de s’entretuer. Si Hunter lui mettait la main dessus, l’un d’eux mourrait. Et cette idée m’était insupportable.

— Ça va, ai-je répondu d’une voix presque assurée. J’ai failli renverser un daim. Je me suis arrêtée, et il est parti…

Les sourcils froncés, Hunter a fouillé les bois du regard.

— Je perçois quelque chose… a-t-il chuchoté comme pour lui-même.

Il est resté concentré quelques secondes avant de reprendre :

— Bon, quoi que ce soit, c’est parti… Je t’ai rattrapée parce que j’ai eu un drôle de pressentiment. Comme si tu étais bouleversée.

J’ai hoché la tête en priant pour qu’il ne devine pas la vérité.

— J’ai vraiment eu peur, ai-je confirmé.

Je me suis installée derrière le volant, espérant que Cal n’avait pas bousillé mon moteur. Je n’arrivais pas à croire que je pouvais mentir ainsi à Hunter, alors qu’il était une des rares personnes en qui je pouvais avoir confiance. Cependant, je ne le faisais pas par plaisir, je voulais juste sauver Cal… et Hunter. Je voulais les protéger l’un de l’autre. En attendant de trouver une stratégie pour contrer Selene…

Hunter s’est penché vers moi pour me regarder dans les yeux.

— Morgan, je suis désolé de m’être emporté, tout à l’heure. Tout est tellement compliqué, en ce moment. Je m’inquiète pour mes parents : je voudrais les contacter, pourtant, je ne peux pas. Et je m’inquiète aussi pour toi. Tu es en danger, et j’enrage de ne pas pouvoir te protéger vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

— Je sais. C’est pour ça que tu veux que je fasse le tàth meànma brach. Pour pouvoir me défendre.

— Oui, a-t-il reconnu avant de marquer une pause. Tu n’as pas trop mal, après ta chute ?

— Si, mais moins que toi, sans doute.

Il a souri et les traits de son visage se sont détendus. J’ai tourné la clef de contact et Das Boot a démarré au quart de tour.

— Il faut que j’y aille, Hunter.

Il s’est penché vers moi et m’a donné un baiser rapide, puis il a fermé ma portière.

Est-ce que Cal nous a vus ? me suis-je demandé en paniquant. Déesse, faites que non ! Il n’en serait que plus furieux. J’ai appuyé sur l’accélérateur et j’ai regardé Hunter disparaître dans mon rétroviseur. Je n’avais qu’une hâte, rentrer chez moi pour pleurer toutes les larmes de mon corps.

Le danger
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